Cet essai voudrait faire droit à l’incomparable richesse de formes, de motifs et de couleurs que prodigue le monde animal : zébrures, taches, ocelles, couleurs
chatoyantes, plumages iridescents, traînes, crêtes, collerettes… Une profusion de signes intenses qui dit moins une beauté qu’une profonde expressivité – autant dire une puissance visuelle à même de faire se lever une image subtile, détachée de tout substrat physique ou organique. C’est en cela qu’il y a « élégance animale », une élégance qui n’est pas sans résonner jusque dans nos propres manières d’apparaître, nos modes vestimentaires, notre cosmétique.
On ne pourra pas dès lors s’épargner une critique de l’utilitarisme darwinien qui, en se focalisant sur la fonction des formes, s’empêchait de penser la singularité de cette forme, autant dire sa valeur distinctive. C’est précisément là retrouver le geste fondamental du zoologue suisse Adolf Portmann (1897-1982), qui avait fait de la présentation-de-soi une réalité irréductible à toute utilité physiologique et ainsi éprouvé la diversité des apparences animales dans leur profonde vitalité.
Peut-être faut-il alors en arriver à penser ces apparences comme des images en soi, des apparences sans destinataire, capables non seulement de communiquer entre elles, par-delà la distance des milieux animaux, mais encore de se conjuguer avec les fleurs, les rochers, le ciel ou la mer, et de transfigurer ainsi la cosmétique animale en une authentique cosmologie.
Pages
176
Language
French
Publishing date
April 2025
Size
13.4 x 22 cm
Editor
Éditions de Minuit
Weight
196 gr